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Guerre culturelle entre Irak et Israël

Bataille entre les deux pays pour les livres et documents de la communauté juive d’Irak dérobés lors de l’invasion de 2003

Traduction: NAOMIE NASSIVET / Révision: MARIE GOMRÉE (2015)

(ZINE EL ABIDINE LARHFIRI (2011) « Guerra culturaL entre Israel e Irak. Pugnan por los libros y documentos de la comunidad judía de Irak que fueron arrebatados en la invasión de 2003 ». Archivamos 81)


Pasarelas_Archivamos81_Larhfiri1Quand les troupes américaines arrivèrent dans le sous-sol inondé d’un des bunkers de Saddam Hussein, plus précisément dans celui de la police secrète, ils ne trouvèrent pas des armes de destruction massive, mais bien une bombe culturelle.

Cette relique, d’une valeur inestimable, réunit les vestiges d’une des plus anciennes communautés juives au monde : rouleaux de la Thora et autres objets religieux détériorés par les siècles, actes de mariage, documentation universitaire, livres de comptes, etc. Le témoignage de la vie quotidienne de cette communauté juive conservée et classée par Al Mukhabarat, les services secrets irakiens, après la fuite des juifs d’Irak.

Lors de l’invasion américaine en 2003, parchemins, photos, collections de livres imprimés à Bagdad, Varsovie et Venise furent emportés à la demande du vice-président américain Dick Cheney, promettant qu’ils seraient rendus une fois restaurés. Pour l’instant, la plus grande partie de ce fonds est conservée dans un bâtiment de College Park à Washington. L’intérêt historique continue de croître de jour en jour. Il est impossible de nier la question politique qui suit de près le processus de restauration : à qui doit être accordée la garde de ces biens culturels après restauration ?

Le trésor a déjà été restauré et le gouvernement irakien exige, de façon logique, qu’il leur soit maintenant retourné. L’ambassadeur irakien aux Etats-Unis, Samir Sumaidaie, a déclaré qu’ « il est temps que les documents soient rapatriés », et argumente qu’ils font partie de l’histoire et de l’identité du pays. Pour sa part, une délégation de haut niveau, dirigée par le vice-ministre de la Culture, Taher al-Houmoud, a communiquée à de hauts responsables du Département d’État américain son inquiétude quant à l’évolution du procédé. Suite à quoi divers responsables politiques américains réaffirmèrent leur position, en argumentant que ce sont les Juifs irakiens qui doivent disposer des rouleaux retrouvés.

Pasarelas_Archivamos81_Larhfiri3Au jour d’aujourd’hui, 80% des juifs de Babylone ou leurs descendants vivent en Israël. Il est vrai qu’il existe une communauté juive en Irak depuis 2 500 ans, mais l’approche de Harold Rhode, vétéran du Département de la Défense, tient aussi la route : il rappelle que les rouleaux de la Thora ne devraient pas être remis à une nation qui a rejeté une partie de son « histoire et [son] identité » en faisant en sorte que les juifs se sentirent obligés de fuir sans pouvoir prendre une partie de leur patrimoine avec eux.

Le Département d’État américain préfère rester loin de la polémique, faisant de la lisibilité des documents sa véritable préoccupation. L’héritage est constitué de 3 500 pièces, dont la restauration, après leur séjour sous l’eau pendant des mois, exige du temps et de la patience. Susan Cooper, porte-parole de la National Archives and Records Administration (NARA), a assuré le professionnalisme de son agence qui réalise uniquement le travail dont elle a été chargée, et estime de plus que plusieurs années sont encore nécessaires pour que la totalité de la collection soit restaurée, étant donnée sa fragilité et la difficulté du traitement. Son administration a déjà dû dépenser près d’un million de dollars pour ralentir les dégâts qu’avait subi la découverte avant son arrivée. Il avait été alors nécessaire de recruter du personnel spécialisé dans le nettoyage et la numérisation de chaque document.

Pasarelas_Archivamos81_Larhfiri4La restauration avait d’abord été estimée à 1,5 millions de dollars. Le budget nécessaire a aujourd’hui été dupliqué. Samir Sumaidaie affirme même que près de 6 millions de dollars seraient nécessaires pour pouvoir mener à terme le travail commencé, annonçant que les documents ont déjà été sauvés et que le gouvernement irakien pourrait faciliter le restant du processus.

Israël ne reste pas les bras croisés et fait entendre sa voix au travers des entités responsables des juifs d’origine irakienne, et notamment grâce à Dov Zakheim, juif américain impliqué dans le transfert de ces documents. Ce haut responsable du Pentagone sous l’administration George W. Bush s’oppose à la concession envisagée, rappelant que les juifs ne ressentent aucune sympathie à l’encontre d’un gouvernement qui prétend spolier les biens légitimes d’une communauté. Face à cela, les Irakiens invitent quiconque pouvant prouver qu’un écrit lui appartient à venir le retirer.

Quelle décision est la plus juste, quand même les 20 juifs qui continuent à vivre dans la capitale irakienne ne peuvent se rendre à Bataween, « Meir Taweig », la dernière synagogue de la ville, entourée de murs de 3 mètres de haut et de grilles de fer oxydé, à cause de la peur ? Le fait que seules deux personnes peuvent encore parler hébreu dans la ville ne devrait rien changer non plus, quand il y eut un moment, qui mérite d’être rappelé, durant lequel leurs ancêtres travaillaient main dans la main avec des musulmans et des chrétiens pour reconstruire le pont, sur une terre d’où émergèrent diverses racines culturelles.

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La méfiance spontanée du monde arabe envers l’Histoire juive vient compliquer le débat, tout comme le font les tentatives du gouvernement irakien pour asseoir sa souveraineté après des années de domination américaine et de conflit identitaire interne. Les Kurdes désirent en effet maintenir leurs liens étroits avec le gouvernement des Etats-Unis, sur la base que l’Irak manque des capacités nécessaires à sa séparation complète, alors que les arabes entretiennent le mystère autour de ce qui a empêché le pillage des trésors arabes et islamiques pendant l’invasion, préférant rapprocher la collection d’un pays allié de la sécurité américaine.Ces documents pourraient être classés au patrimoine mondial, déclarés propriété de l’humanité entière, ainsi protégés et transmis aux futures générations qui s’y sentiraient liées. Cela empêcherait aussi un possible va-et-vient qui pourrait compromettre la durabilité d’une partie de l’histoire du Moyen-Orient qui date du XIe siècle av. JC.

Pasarelas_Archivamos81_Larhfiri2Juifs de Bagdad

Morde’hai Ben Porat vit à Or Yehouda (Israël). Né à Bagdad en 1923, il a consacré sa vie à faciliter l’exode des Juifs de son pays. Au début des années 50, formé par le Mossad, il fut responsable de l’opération Ezra et Ne’hemia, un mouvement clandestin qui mena 120 400 Juifs d’Irak à Israël, la deuxième plus importante émigration dans l’histoire de ce jeune État.

Morde’hai est de ceux qui préfèrent se souvenir de son enfance, quand il était encore possible de jouer avec des chrétiens et des musulmans dans les rues en face de nombreux commerces juifs qui occupaient à l’époque un quart de la ville. Il se souvient aussi que près de 137 000 fidèles avaient pour habitude de se rendre dans la douzaine de synagogues qui existaient alors.

Suite au mandat britannique, tout changea : les « dhimmi », petite minorité juive protégée lors de l’occupation ottomane, montrèrent leur désir d’appartenir à une patrie, changeant alors leur position privilégiée octroyée par le Gouvernement.

Juin 1941, Bagdad embrasse l’holocauste nazi. 135 Juifs sont assassinés pendant un pogrom qui dura deux jours. « Ce fut comme un tremblement de terre, » se souvient M. Ben Porat. « La foule parvint jusqu’à notre porte et était sur le point de nous attaquer lorsque notre voisine musulmane, la femme d’un colonel de l’armée irakienne, se précipita à notre secours. Elle tenait à la main une grenade et les menaça de la faire éclater s’ils ne déguerpissaient pas ».

Sa famille a fui, mais le jeune Ben Porat est resté sur place, officiellement pour passer ses examens, bien que la véritable raison soit son soutien au mouvement clandestin He’Haloutz. En 1948, il fut chargé par le Mossad d’organiser l’exode du reste des Juifs se trouvant toujours à Bagdad. À l’époque, Israël avait prévu l’arrivée de 150 migrants par mois. Cependant, quand les autorités irakiennes approuvèrent le projet, le 3 mars 1948, ce furent 63 000 Juifs qui s’inscrivirent sur les listes d’attente. Fin 1951, il ne restait plus que 9 000 Juifs dans la capitale irakienne. Ils décidèrent de s’installer à Or Yehouda, à dix km à l’est de Jérusalem. Morde’hai devint le maire de cette petite communauté, et occupa également un poste dans la Knesset, chambre de députés israéliens, pendant 16 ans. Il créa un centre dédié à l’Héritage Juif Babylonien, un musée qui unit les 25 000 juifs d’origine irakienne présents en Israël, par leurs racines ancestrales et reconstituant leur itinéraire, du premier exil du peuple juif décrété par le roi de Babylone Nabuchodonosor à nos jours, en passant par la destruction du Premier Temple.

Ces vestiges, qui reflètent deux millénaires du judaïsme irakien, sont exposés dans ce musée, qui serait sans aucun doute très fier de pouvoir compléter ses rayons avec le matériel restauré par les Américains.

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